Explosions de Tianjin, un sinistre sans précédent

La première puissance mondiale depuis fin 2014 n’est pas à l’abri des événements extrêmes, qu’ils soient naturels, industriels ou économiques. La dernière catastrophe en date, l’explosion d’un entrepôt de produits chimiques, confirme la vulnérabilité de la Chine qui enregistre chaque année des centaines d’accidents techniques plus ou moins graves.
Explosion de Tianjin © Eristic, CC BY-SA 4.0

Situé à 120 kilomètres de Pékin, le port de Tianjin, quatrième mondial en termes de volume de marchandises (des cargaisons d’un total de 540 millions de tonnes y transitent annuellement) et dixième en termes de trafic de conteneurs, a été le 12 août 2015 le théâtre de deux explosions spectaculaires.

Un incendie s’est déclaré dans un entrepôt qui stockait illégalement plusieurs milliers de tonnes de produits dangereux et inflammables, causant un des plus importants sinistres jamais observé en Chine.

Bilan humain et environnemental

Selon le bilan officiel définitif, datant du 14 septembre 2015, les explosions ont causé la mort de 173 personnes, dont 104 sapeurs-pompiers. Le nombre des blessés s’élève à 700. De plus, l’évacuation des zones résidentielles aux alentours des sites endommagés a nécessité le déplacement de plus de 6 000 personnes.

Outre les pertes humaines, cet incident a eu de graves conséquences sur l’environnement. Des produits chimiques hautement toxiques, notamment du cyanure de sodium, ont été propagés dans l’air. Près de 700 tonnes de ce dangereux composant étaient stockées dans un entrepôt, lors du sinistre.

Quelques jours après l’accident, des taux élevés de cyanure, jusqu’à 356 fois supérieurs au seuil de tolérance, ont été relevés dans plusieurs points d’eau à proximité du site.

Répercussions économiques lourdes dues à une ultra-concentration des risques

Vu l’étendue de la zone sinistrée qui s’étale sur un rayon de quatre kilomètres, l’évaluation des dégâts sera longue et complexe. Selon le bureau d’expertise «International Surveyors and Adjusters» l’opération est d’autant plus difficile que le bureau d’enregistrement du port où se trouvaient les registres des cargaisons a été complètement détruit par les flammes.

La ville portuaire de Tianjin n’est pas seulement une porte d’entrée et de sortie pour les importations et les exportations de la première puissanceéconomique mondiale, elle abrite aussi au cœur de sa zone industrielle des raffineries pétrolières et des entreprises technologiques de pointe. Elle compte également une importante zone résidentielle périphérique.

Selon les autorités, 17 000 logements ont été totalement ou partiellement endommagés, 1 700 entreprises affectées et 10 000 voitures neuves, stockées sur le port, parties en fumée.

Sur un rayon de 1 Km depuis l’immense cratère laissé par l’explosion, tout est devenu ruine

En plus des dégâts matériels: biens, cargaisons et infrastructures, le sinistre a occasionné des pertes d’exploitation considérables: suspension du transit de certaines marchandises, arrêt de production, interruption de la chaîne d’approvisionnement et perturbation des échanges commerciaux mondiaux. Les circuits logistiques de plusieurs firmes multinationales se sont retrouvés également bouleversés ou paralysés. Rappelons que sur les 500 principales multinationales, près de 150 d’entre elles effectuent des opérations à Tianjin.

A titre d’exemple, l’usine Toyota de Tianjin, située à la périphérie de la ville, est restée à l’arrêt durant deux semaines suite à l’interruption de production de ses sous-traitants installés eux aussi dans la zone sinistrée.

Ce site d’assemblage, le deuxième par ordre d’importance en Chine, fabrique 430 000 véhicules par an, soit la moitié de la production du constructeur japonais dans l’empire du milieu. Pour le seul secteur automobile, les autorités chinoises ont évoqué des pertes de l’ordre de 310 millions USD.

L’assurance paiera le plus lourd tribut

Du fait de la concentration des risques dans une même zone, cette catastrophe technique est considérée comme l’une des plus onéreuses jamais survenue en Chine.

Le montant des pertes à la charge des assureurs sera non seulement élevé mais également difficile à évaluer, vu le nombre élevé des entreprises et personnes affectées par l’événement.

Une première estimation, établie par le Crédit Suisse, avance un montant de pertes situé entre 1 et 1,5 milliard USD. Début septembre, cette première appréciation a été revue à la hausse par le courtier américain Guy Carpenter. Ce dernier pronostique une facture comprise entre 1,6 et 3,3 milliards USD, pour couvrir les dommages liés aux bâtiments, cargaisons et conteneurs. L’Union Internationale d’Assurance Transport (International Union of Marine Insurance) estime, pour sa part, que la facture finale pourrait atteindre 6 milliards USD dont 1,5 milliard USD d’indemnisation au titre de l’assurance transport facultés maritimes.

L’Union considère que l’explosion de Tianjin, la plus importante perte facultés maritimes jamais enregistrée, va impacter significativement les résultats de l’assurance transport en 2015.

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