Le groupe Samsung, l’assurance au cœur de l’empire

Le groupe Samsung traverse actuellement une des plus importantes périodes de turbulence de son histoire. La restructuration du conglomérat dont les activités vont de la technologie de pointe à l’assurance a fait naître une guerre de succession, exacerbée par une détérioration de l’image du groupe.

De nombreux scandales ébranlent l’empire: échec du dernier Smartphone Galaxy Note 7, rappel de plusieurs millions d’appareils électriques, soupçons de corruption et de fraudes.

Groupe Samsung : le géant opère aussi dans l’assurance

siège SamsungSiège de Samsung, Corée du Sud © Oskar Alexanderson, CC BY-SA 2.0

Fondée en 1938 par Lee Byung-chul, Samsung était à l’origine une petite entreprise spécialisée dans l’exportation de produits alimentaires vers la Chine.

La firme est devenue 80 ans plus tard un gigantesque conglomérat opérant dans l’électronique, l’industrie lourde, l’armement, les technologies de pointe, la construction de gratte-ciel et d’usines, la finance, la pétrochimie, la mode, la médecine, l’hôtellerie, le divertissement et l’assurance.

A fin 2014, cet important chaebol (1) compte 74(2) entreprises qui ont réalisé un chiffre d’affaires global de 305 milliards USD, soit près de 20% du PIB de la Corée du Sud. Le groupe emploie 489 000 salariés dans le monde et compte huit villes Samsung. Située au cœur de la ville de Suwon, la Samsung Digital City accueille près de 40 000 employés. Elle est équipée de stades, banques, hôpitaux, écoles et restaurants.

(1) Chaebol: conglomérat typiquement sud-coréen, constitué d’un ensemble d’entreprises, actif dans des secteurs diversifiés et contrôlé par les membres d’une même famille. Ces entreprises entretiennent entre elles des participations croisées.
(2) Suite à de nombreuses opérations de fusion absorption, le nombre d’entreprises a été ramené de 74 à 59 à fin juin 2016

Groupe Samsung : les principaux pôles d’activité

Trois grands pôles d’activité émergent; l’électronique, l’assurance et la construction.

Samsung Electronics est la principale composante du groupe, leader mondial de l’électronique haute technologie et grand public. Présente notamment dans la téléphonie mobile, cette division assure 24,4% de la production mondiale de smartphones, soit 325 millions d’appareils par an, loin devant Apple 16,4% (231,5 millions d’appareils) et Huawei 7,7% (106,6 millions d’appareils). Avec un chiffre d’affaires de 188 milliards USD en 2014, l’activité électronique compte pour 62% du total des revenus du conglomérat.

Samsung Life Insurance Company occupe une place prépondérante au sein du groupe. La société a été fondée en 1963 suite à l’acquisition de Dongbang Life Insurance. L’assureur vie se retrouve au centre des activités du Chaebol puisqu’il contrôle d’importantes participations dans diverses filiales assurance et autres: Samsung Fire & Marine Insurance (15%), Samsung Electronics (7,3%), Samsung C&T (11,1%), Samsung Card (71,9%).

Samsung Life Insurance Company chapeaute ainsi l’activité finance du groupe qui englobe l’assurance vie, l’assurance dommages, le courtage, les cartes de crédit, l’investissement,…

Le montant des primes souscrites par Samsung Life Insurance s’élève à 23,4 milliards USD en 2015. Ce chiffre place la société au premier rang des assureurs vie de Corée du Sud avec une part de marché de 23,4%.

Samsung C&T Engineering & Construction est un géant du BTP (bâtiment et travaux publics). Parmi ses réalisations figurent Burj Khalifa (Dubaï), la tour la plus haute du monde avec ses 828 mètres de haut, les gratte-ciel Taipei 101 (Taiwan) et Petronas Tower 2 (Kuala Lumpur, Malaisie).

Groupe Samsung : restructuration et crise de gouvernance

Malade, Lee Kun-hee, fils du fondateur, à la tête du groupe Samsung depuis 1987, n’est plus en mesure de diriger le conglomérat. C’est à ses trois enfants que revient la gestion de l’empire. Pour assurer la succession et garder le contrôle du groupe, ces derniers devront augmenter leurs participations dans les diverses sociétés.

Le complexe enchevêtrement des participations croisées entre les 59 entités qui composent le groupe en 2016 fait que la famille Lee ne détient en réalité que des parts minoritaires.

A titre d’exemple, Samsung Electronics, pièce maitresse du puzzle, est détenue à 18% par la famille Lee et ses filiales. Seuls 3,4% appartiennent directement au père Lee Kun-hee alors que le fils aîné Lee Jay-young et la famille apparentée contrôlent 4,8% du capital avec au final une petite participation de 0,58% pour Lee Jay-yong.

Pour asseoir leur mainmise sur Samsung group, les enfants de Lee, notamment le fils aîné Lee Jay-Yong, présenté comme l’héritier naturel de l’empire, doivent monter dans le capital en rachetant des titres des sociétés. Le conglomérat réfléchit ainsi à une refonte de sa structure afin de faciliter la prise de pouvoir par les descendants de Lee.

A l’issue du processus de restructuration, les héritiers deviendraient ainsi les actionnaires majoritaires. Lee Jay-yong prendrait les rênes de Samsung Electronics et des différentes filiales financières. Les deux sœurs se chargeraient chacune d’un pôle: distribution et loisirs ou mode et média.

Participations à juin 2016 de la famille Lee dans les principales sociétés du groupe Samsung

 Lee Kun-hee (Père)Lee Jay-yong (Fils aîné)Lee Boo-jin (Fille aînée)Lee Seo-hyun (Fille cadette)
Samsung Electronics
3,44%0,58%--
Samsung C&T
2,86%17,23%--
Samsung SDS
0,01%9,2%5,51%5,51%
Samsung Life
20,76%0,06%3,9%3,9%
Samsung Fire & Marine
-0,09%--

Certains actionnaires proposent un autre schéma de restructuration. Ils exercent des pressions sur la famille Lee pour réorganiser le groupe en deux entités distinctes: une unité opérationnelle qui gérerait les activités industrielles de Samsung Electronics et un holding financier qui contrôlerait les autres sociétés du conglomérat. Samsung Life Insurance s’est pour sa part fait remarquer sur les marchés fin 2016, en augmentant ses participations dans plusieurs filiales du groupe à des niveaux proches de ceux permettant de prétendre au titre de holding financière selon la loi coréenne.

Groupe Samsung : échec du dernier Smartphone et pression des consommateurs

Commercialisé fin août 2016, le Galaxy Note 7, dernier opus du groupe Samsung censé concurrencer l’iPhone 7 de Apple, a été retiré de la vente quelques jours après son lancement. De nombreux cas de surchauffe de batterie suivis d’explosion de portables ont été signalés. Le problème n’a pu être résolu malgré le rappel des 2,5 millions d’appareils commercialisés et le remplacement des batteries défectueuses.

En octobre 2016, le premier fabricant mondial de Smartphones a définitivement arrêté la production de son Note 7 qui a été retiré du marché. Selon une estimation du Crédit Suisse, cette mésaventure pourrait représenter un manque à gagner de l’ordre de 15,8 milliards USD pour Samsung. A ce montant s’ajoutent deux à cinq milliards USD de frais de rappel des appareils défectueux, les coûts de production du téléphone lui-même, la suspension de la vente, les dépenses de recyclage des 19 millions d’appareils produits.

Plus grave encore, la perte de confiance des consommateurs envers Samsung est incalculable. Cet épisode malheureux porte un coup à la notoriété du groupe Samsung et compromet sa place de premier constructeur de Smartphones haut de gamme.

Le fiasco du Galaxy Note7 ne se limite pas aux seules pertes matérielles et immatérielles. De nombreuses actions en justice sont intentées aux Etats-Unis où des utilisateurs réclament des dommages et intérêts pour commercialisation de produits défectueux.

Les déboires du constructeur sud-coréen ne semblent pas pour autant terminés, ni limités à la téléphonie. Début novembre 2016, Samsung Electronics a été secoué par un nouveau scandale qui l’a contraint à rappeler près de 3 millions de lave-linge. Ce retrait survient suite à un défaut de construction des appareils qui présentaient des risques de blessure pour les usagers.

Structure du groupe Samsung en %

structure groupe Samsung

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