Origine de la micro-assurance en Afrique
En Afrique, la micro-assurance s’est développée progressivement, à partir de mécanismes informels de solidarité, tels que les tontines, les groupes d’entraide et les sociétés funéraires, qui permettent de couvrir certains risques.
À partir des années 1970, des formes plus organisées apparaissent avec les coopératives d’assurance. Dans les années 1980, les mutuelles de santé se développent, notamment en Afrique de l’Ouest.
Le milieu des années 1990 constitue une étape majeure dans le développement de la micro-assurance avec l’arrivée des assureurs privés. Ces derniers commencent à concevoir des produits adaptés aux besoins des populations à faibles revenus. Cette dynamique est portée par l’essor de la microfinance et par une forte demande de protection.
Depuis la fin des années 1990, la micro-assurance se structure davantage à travers des partenariats entre assureurs, institutions de microfinance et organisations internationales.
État des lieux de la micro-assurance en Afrique
La micro-assurance s’impose progressivement comme un levier de stabilité économique et de sécurité financière en Afrique. Cette dynamique se traduit par une forte croissance du marché, estimé à environ 4,5 milliards USD en 2025, contre 756 millions USD en 2014 selon les estimations du cabinet de conseil IMARC Group.
L’essor du secteur repose sur plusieurs facteurs, notamment la présence d’une large population à revenus modestes, la mise en place progressive de cadres réglementaires dans plusieurs pays africains, ainsi que le développement et la diversification des canaux de distribution notamment numériques.
A noter que la crise sanitaire du Covid-19 a accéléré l'adoption de ces couvertures en particulier pour la prise en charge des frais médicaux.
À l’échelle continentale, l’Afrique du Sud s’impose comme le principal acteur de ce marché.
La micro-assurance en Afrique, une opportunité économique
Le marché africain de la micro-assurance dispose d’un potentiel de développement très important compte tenu :
- du poids démographique de la population, 1,47 milliard d’habitants en 2024,
- du niveau élevé de vulnérabilité économique d’une grande partie de la population, En Afrique de l’Ouest et du Centre, 35,54% de la population vit sous le seuil de pauvreté extrême, fixé à 3 USD par jour, tandis que pour toute l’Afrique subsaharienne cette proportion s’élève à 45,09% (1),
- de la prédominance du secteur informel dans l’économie. Celui-ci représente plus de 80% des emplois dans de nombreux pays. Les travailleurs de ce secteur ne bénéficient généralement pas de protection sociale ou d’assurance,
- du faible niveau de couverture assurantielle et l’inexistence de mécanismes spécifiques de protection des ménages fragiles.
Face à cette situation, la micro-assurance s’impose progressivement comme un levier d’inclusion financière.
(1) Source : The World Bank
Principales tendances du marché de la micro-assurance en Afrique
Le paysage de la micro-assurance en Afrique connaît une transformation structurelle, marquée par une diversification des produits et une modernisation des modes d'accès.
Entre 2014 et 2024, le secteur est progressivement passé de solutions de niche à des modèles plus intégrés, soutenus par les innovations technologiques et les politiques publiques de soutien.
Distribution numérique
L’écosystème de la micro-assurance en Afrique s’appuie de plus en plus sur les technologies mobiles et les solutions numériques afin de simplifier les procédures et réduire les coûts de gestion. Ce modèle favorise l’inclusion des populations rurales et des travailleurs indépendants, traditionnellement exclus des circuits assurantiels classiques.
En 2014, les opérateurs de téléphonie mobile couvraient environ un million de personnes, avec seulement cinq produits (dommages aux biens, maladie, risques agricoles, crédit, et accidents corporels). Ce canal ne représentait qu’environ 1% de la prime de micro-assurance (2).
Les données 2024 confirment le développement de cette méthode de distribution : environ 2,5 millions de personnes sont désormais couvertes via les opérateurs mobiles, principalement en assurance vie et santé. Leur contribution au volume total des primes atteint désormais 2%, soit un doublement par rapport à 2014.
(2) Source: Microinsurance Network Africa landscape.
Évolution des canaux de distribution
En Afrique, la distribution des produits de micro-assurance demeure encore largement dominée par les agents et les courtiers, qui concentrent près de 34% des primes collectées et couvrent plusieurs millions de bénéficiaires. Toutefois, le secteur connaît une transformation progressive portée par les nouvelles technologies numériques, notamment grâce à l’essor des fintechs et des insurtechs.
Ces nouveaux acteurs développent des solutions innovantes basées sur l’intelligence artificielle, la télédétection et l’analyse de données afin d’améliorer l’évaluation des risques (assurance indicielle agricole) et le traitement des sinistres (paiement automatisé des indemnisations).
Les partenariats avec les opérateurs mobiles, les plateformes numériques et les réseaux communautaires favorisent également une diffusion plus large des produits auprès des populations exclues des circuits d’assurance traditionnels. Cette évolution traduit une tendance croissante vers une micro-assurance plus digitalisée, accessible et adaptée aux besoins des populations vulnérables.
En termes de distribution, les opérateurs téléphoniques se classent en troisième position (2,5 millions de personnes couvertes) après les agents/courtiers (7,8 millions de personnes) et les institutions financières (4,2 millions de personnes prises en charge).

Développement du paiement mobile
Les modes de paiement sont essentiels à l’expansion de la micro-assurance. Ils permettent de collecter les primes et payer les demandes d’indemnisations à travers des canaux facilement accessibles pour les clients et viables pour les prestataires.
En 2024, l’argent mobile et le portefeuille électronique constituent le troisième mode de paiement des produits de micro-assurance en Afrique. Ces moyens représentent 13% des transactions de micro-assurance derrière le paiement en espèces (39%) et les opérations bancaires (30%).

Essor de la micro-assurance intégrée (embedded micro-insurance)
Les produits de micro-assurance sont de plus en plus intégrés à des crédits de microfinance, associés à des paiements mobiles, ou inclus dans des services du quotidien (agriculture, télécoms).
En général, l’intégration d’une garantie micro-assurance à un autre produit n’est pas obligatoire. Cependant dans la pratique, la souscription d’une couverture peut être requise, donc achetée automatiquement, pour accéder à un autre service financier.
Assurance liée au climat et à l'agriculture
L’agriculture constitue un pilier de l’économie africaine. Elle contribue à hauteur de 23% du PIB africain et emploie près de 60% de la population. En Afrique subsaharienne, le secteur agricole totalise près de 55% des emplois et réalise 18% du PIB moyen régional (1).
L’Afrique subit fortement les effets des phénomènes climatiques extrêmes - pluies irrégulières, inondations et hausse des températures - qui menacent la viabilité des ménages ruraux dépendants des ressources naturelles.
Dans ce contexte, l’assurance agricole, couvrant les récoltes et l’élevage, s’impose comme un produit clé de la micro-assurance, avec des offres intégrant de plus en plus des garanties contre les risques climatiques.
(1) Selon les données 2024 de la Banque Mondiale.
Evolution de la micro-assurance agricole en Afrique
| Nombre de produits agricoles | Nombre de personnes couvertes | Taux de couverture | |
| 2024 | 47 | 2,3 millions | 0,60% |
| 2014 | 25 | 1,1 million | 0,10% |
Source: Microinsurance Network Africa landscape
Malgré la progression de la micro-assurance agricole, la pénétration reste très faible, avec seulement 0,6% de la population cible atteinte. De plus, sur 47 produits d’assurance agricole disponibles en 2024, 36 bénéficient d’un certain niveau de subvention.
Principaux produits développés par le marché de la micro-assurance en Afrique
D’après l'étude Landscape of Microinsurance menée dans 15 pays africains, l'assurance obsèques constitue la principale branche de la micro-assurance individuelle en Afrique, en raison de son fort ancrage historique en Afrique australe. Elle couvre 17,3 millions de personnes, dont 9,6 millions au Zimbabwe et 7,2 millions en Afrique du Sud. Les produits vie et accidents couvrent, conjointement, près de 28 millions de personnes pour un volume de primes estimé à 0,3 milliard d'USD.
Parallèlement, l'assurance dommages aux biens et perte de revenus protège 6,7 millions de personnes, générant 34 millions USD de primes en 2023, soit environ 1,4% de la population cible.
Enfin, la branche maladie couvre 4,5 millions d'individus. Bien qu'elle n’atteigne qu’environ 1,9% de la population cible, elle représente une part de marché estimée à 0,8 %.
Inclusion financière et couverture du secteur informel
La micro-assurance s’impose progressivement comme un levier majeur d’inclusion financière. Elle facilite l’accès des populations à faible revenu à des mécanismes formels de protection contre les risques.
Elle contribue ainsi à intégrer dans le système financier des ménages traditionnellement exclus des services bancaires et assurantiels classiques, notamment les travailleurs du secteur informel, les petits agriculteurs et les micro-entrepreneurs. En offrant des produits à faible coût, adaptés aux capacités des populations vulnérables, la micro-assurance participe à la réduction du « protection gap », c’est-à-dire l’écart entre les risques réellement encourus et les niveaux de couverture disponibles.
Conclusion
Le marché de la micro-assurance en Afrique connaît une dynamique de croissance soutenue, portée par l’essor des solutions numériques, la généralisation du mobile money et le développement de produits adaptés aux besoins des populations vulnérables.
Cette évolution confirme l’émergence d’un secteur de plus en plus structuré et attractif, notamment pour les assureurs et investisseurs. Malgré ces progrès, le niveau de pénétration de la micro-assurance demeure encore très faible par rapport au potentiel du marché. De plus, le marché doit composer avec les réformes réglementaires, la volatilité climatique, les technologies émergentes et les inégalités socio-économiques croissantes.
Principaux acteurs africains de la micro-assurance
| Compagnies | Pays | Produits | Couvertures | Nombre de bénéficiaires |
| Hollard Insurance | Afrique du Sud | Pep Stores | Assurance funéraire | Plus de 600 000 assurés |
| Ghana | MeBanbó | Micro-assurance obsèques et invalidité | ||
| Mozambique | ||||
| Wafacash | Maroc | Taamine iktissaadi: Taamine Al Janaza, Wladi, Al Walidine, Sahti, Bayti, Mahali | Micro-assurance santé, obsèques et famille | En 2023, plus de 565 000 personnes couvertes et plus de 1 670 sinistres indemnisés |
| GOXI Microinsurance | Nigeria | GOXI Family Shield | Assurance vie et maladie | Plus de 532 000 individus couverts de 2019 à 2024 |
| Nassure Microinsurance | Nigeria | Cuva | Assurance vie, prévoyance sociale, obsèques, crédit | |
| CHI Microinsurance | Nigeria | Assurances collectives / PLAN ESUSU | Assurance de crédit solidaire/coopératif, épargne-projet/ logement, prévoyance, assurance-vie collective | |
| YES Microinsurance | Nigeria | 4 produits de micro-assurance | Assurance vie, crédit, accidents corporels, Assurance vie de microgroupe et assurance obsèques | |
| Sawa Microinsurance Co. | Égypte | En phase de lancement | Première compagnie de micro-assurance agréée en Égypte | |
| Britam Connect | Kenya | Kinga Ya Mkulima, assurances intégrées | Assurance santé, accidents corporels et inondations | Plus de 4 millions de Kenyans couverts en 2024 dont 200 000 agriculteurs et 300 000 travailleurs indépendants |
| SAMB’A Assurances | Gabon | Société créée en 2024 | Assurances de personnes, dommages aux biens, collectives et agricoles | |
| SAMB’A Assurances | Cameroun | En phase de lancement | Accidents corporels, santé, agriculture, dommages aux biens, décès |





