Generali Assurance, une histoire mouvementée

Generali est l’une des sociétés d’assurance les plus anciennes d’Europe. Depuis sa fondation en Italie du Nord en 1831, le leader du marché italien a su s’adapter aux changements du monde économique et politique. Il est aujourd’hui l’un des plus puissants groupes financiers en Europe et dans le monde et ce malgré les ravages des deux guerres mondiales.

C’est, à Trieste sur les bords de la mer Adriatique que son histoire débute.

Principal port de l’empire austro-hongrois, la ville italienne de Trieste jouit, sur la mer Adriatique, d’une position commerciale avantageuse. Après avoir été déclarée port libre dans le milieu du 18ème siècle, la ville connait une forte croissance économique. L’assurance maritime y fait alors ses premiers pas. En 1825, ce sont pas moins de vingt assureurs qui y sont installés.

Generali, un démarrage difficile

Crédit photo: Giovanni PividorEn 1831, Giuseppe Lazzano Morpurgo, un homme d’affaires de Gorizia, ville au nord de Trieste, fonde une société d’assurance : Ausilio Generale di Sicurezza. Il draine derrière lui diverses personnalités du monde de la finance et du commerce. Son but est de former une compagnie d’assurance au capital suffisamment important pour pouvoir opérer dans une zone géographique plus large que celle de ses concurrents.

Pour cause de conflits internes, la première assemblée générale aboutit à la dissolution de la toute nouvelle société. Un mois plus tard, en décembre 1831, Assicurazioni Generali Austro-Italiche se constitue avec un capital de 2 millions de florins. Ses statuts sont approuvés et Giuseppe Lazzano Morpurgo décide d’établir le siège de la nouvelle société à Venise. Il place Samuel Della Vida à la tête de la direction.

A l’époque, la société est déterminée à commercialiser non seulement des polices transport maritime et inondation mais également incendie, transport terrestre et toute autre branche non restreinte par la loi. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’adjectif «Generali» fut adossé au nom de l’entreprise.

Des agences et filiales sont rapidement ouvertes. Elles sont, deux ans après la création de la société, au nombre de 25, réparties dans les principales villes de l’empire austro-hongrois. Des filiales sont également inaugurées en France en 1832, en Suisse en 1835, en Allemagne, en Transylvanie et en Galicie. Cette diversification géographique déclenche une réorganisation du management. Venise devient responsable des opérations en Europe de l’Ouest et en Italie, alors que Trieste obtient la direction des opérations en Autriche-Hongrie et dans les pays de l’Est.

En 1835, des luttes de pouvoir déstabilisent Assicurazioni Generali : Giovanni Cristoforo Ritter de Zahony, président de la société depuis 1832, soutenu par G.L. Morpurgo, affiche son désaccord avec Rosmini, l’administrateur légal. Le conseil d’administration prend parti pour Rosmini ouvrant la voie à la démission de Zahony et Morpurgo. Rosmini prend la codirection de l’entreprise avec Masino Levi qui devient secrétaire général. Quatre autres membres du conseil d’administration décident de suivre les démissionnaires. Cet événement va conduire à la suppression du poste de président qui ne sera restitué qu’en 1909.

L’expansion géographique de Generali

Sous la direction de Levi, la compagnie d’assurance Generali connait une croissance importante. En 1837, la société réussit son développement dans les régions de l’Est et du Centre de l’Europe notamment en Prusse, Saxe et Silésie. La même année, le siège vénitien élargit son offre de produits en proposant des polices d’assurance crédit.

En 1838, la société est présente à Corfou (Grèce), en Bavière, en Russie, en Pologne, en Serbie et en Roumanie. Cette expansion européenne contraste avec l’immobilisme de la compagnie en Italie où elle fait face aux barrières protectionnistes, instaurées par chaque état de la péninsule qui n’est pas encore unifiée à cette époque.

Le développement à travers l’Europe s’est organisé à travers un système à étages. Des zones géographiques sont établies autour d’une agence responsable de l’expansion de l’entreprise dans cette région. Generali s’installe à Bucarest en 1847 puis à Belgrade en 1856. Dans les dix années suivantes, la Bosnie et l’ensemble du Proche Orient, où l’assureur est particulièrement actif en incendie, font partie de ses marchés.

© Nino Barbieri, CC BY-SA 3.0

Ce n’est qu’en 1848 que la société prend le nom de Assicurazioni Generali. Elle adopte comme logo le lion de Saint Marc, symbole de puissance et de justice à Venise.

Entre 1879 et 1882, les efforts du groupe se concentrent sur le Proche et Extrême Orient, le long des routes de transport maritime du Lloyd Austriaco, compagnie de navigation, dont le siège est à Trieste. Ceci permet à Generali d’ouvrir des bureaux en Grèce, au Liban, en Tunisie, en Inde, au Sri Lanka, en Chine et à Hong Kong. L’entreprise s’attaque également à l’Amérique du Nord et du Sud avec la Californie et le Chili.
A la fin du 19ème siècle, de nouvelles polices sont offertes à la clientèle avec l’assurance bris de glace, dommages corporels et vol.

Generali : modernisation de l’assureur et diversification de ses activités

Crédit photo: ArtnetPlace Saint-Marc

En 1878, Masino Levi quitte son poste. Il est remplacé par Marco Besso qui restera sept années à la tête du groupe Generali. Ce dernier entame une phase de modernisation et de diversification de l’activité en introduisant l’assurance vie et une stratégie d’investissements directs dans l’immobilier. Un palais de la Place Saint Marc à Venise est acheté et un nouveau siège est bâti à Rome.

La compagnie met en place ses premières filiales qu’elle détient à 100% : Cassa Generale Ungherese di Risparmio, banque hongroise créée en 1881 et Austrian General Accident Insurance, compagnie d’assurance autrichienne, établie en 1882 et qui opère, aujourd’hui, sous le nom de Erste Allgemeine Versicherung.

En 1885, Giuseppe Besso devient à son tour secrétaire général à la place de son frère Marco Besso. Ce dernier reviendra en tant que président en 1909 lorsque ce poste sera de nouveau admis au sein de l’entreprise. Il y restera jusqu’à sa mort en 1920. C’est durant son mandat que le célèbre écrivain Franz Kafka est employé dans une agence de Generali à Prague où il ne restera que neuf mois à cause d’affections neurologiques.

L’entre-deux-guerres, une période mouvementée pour Generali

A l’aube de la première guerre mondiale, le capital de l’assureur Generali atteint 13,323 millions de lires. Sa position est confortable en Europe. Les dommages directs de la guerre affectent relativement peu la compagnie. La majorité de ses problèmes vient alors des pressions politiques, confiscations ou limitations imposées à ses activités principalement en Italie et en Autriche-Hongrie.

C’est à l’armistice en 1918, lors du rattachement de Trieste à l’Italie, que le groupe obtient un statut italien et convertit son capital en lires italiennes. Mais depuis la dévaluation de la lire en 1913 Generali a perdu 17% de sa valeur. Même si, à la fin de la première guerre mondiale, l’entreprise est autorisée à reprendre ses activités dans l’ensemble de l’ex-royaume austro-hongrois, elle ne garde que des activités vie en Yougoslavie et en Tchécoslovaquie.

Crédit photo: Luigi-CC Siège de Florence

En 1920, Edgardo Morpurgo en devient le président. Il mène parfaitement bien la société à travers la crise de 1929 puisque Generali procède à une hausse de son capital de 13 à 60 millions de lires. Elle opère alors à travers 30 filiales et compagnies associées dont six en Italie et vingt-quatre à l’étranger.

En 1933, Generali acquiert Aleanza & Unione Mediterranea qui fusionne avec Securitas Esperia déjà sous contrôle de Generali. Cette acquisition crée le deuxième assureur privé vie derrière le groupe étatique INA. Ses filiales française, la Concorde, et autrichienne, Erste Allgemeine, connaissent chacune un fort développement.

L’arrivée de Hitler au pouvoir va entraîner un retournement de situation. La montée du fascisme en Italie cause des problèmes au président de Generali, qui est juif. Il doit nommer Gino Baroncini, sympathisant des idées de Mussolini, au poste de directeur général afin de garder la main. Il quitte néanmoins son poste en 1938 au profit de Guiseppe Volpi di Misurata qui reste en place jusqu’à la chute du régime en 1943 où il est remplacé par Antonio Cosulich. Baroncini est maintenu dans ses fonctions par le nouvel homme fort. En 1940, tous les contrats de la compagnie en terrain ennemi sont annulés.

Avant la fin de la guerre, les allemands débarquent à Trieste, Generali déplace alors son siège à Rome. Si elle garde ses diverses entités en Europe de l’Ouest, ses droits, avoirs et propriétés sont tous saisis en Europe de l’Est, en Libye et en Ethiopie. Lorsque le conflit s’achève, c’est 14 filiales qui ont été perdues ainsi qu’une partie du parc immobilier.

Generali, la reconstruction d’après-guerre

Le solide capital de la compagnie va permettre une reconstruction rapide, tout d’abord en Europe de l’Ouest et surtout en Italie où dès 1948 les opérations se rapprochent des niveaux d’avant-guerre. C’est également l’occasion pour Generali de se tourner vers l’Amérique du Sud. Dès le début des années 1950, l’assureur est représenté dans les principaux pays du continent.

Senator Mario Abbate, qui est devenu président du groupe en 1948, est l’instigateur de cette reprise. Il réintègre son groupe aux Etats-Unis en 1950 et prend des participations dans l’assureur sud-africain Standard General Insurance.

Mario Tripcovich, qui remplace Mario Abbate de 1953 à 1956, met l’accent sur le développement du marché outre Atlantique : Buffalo Insurance Company entre dans le giron de Generali et un accord de coopération est signé dix ans plus tard avec Aetna, le plus important assureur américain multi-branches. Parallèlement, la formidable croissance en France et en Autriche permet à la société de devenir leader sur ces marchés.

Mais le véritable architecte de la reconstruction d’après-guerre est Gino Baronchini, directeur général depuis près de vingt ans. Grâce à lui, la compagnie est alors présente dans soixante pays et diversifie toujours plus son offre de produits. Il devient naturellement président du groupe en 1960 et reste en poste jusqu’en 1968.

Les années 1970 : nouvelle réorganisation de Generali

Comme l’ont fait Allianz et Axa après leurs importantes périodes de développement, Generali entame une restructuration dans les années 1970. Les filiales française, belge, allemande et celles dédiées à l’assurance vie deviennent des compagnies locales soumises aux réglementations des pays dans lesquelles elles sont implantées. C’est à cette période que Europ Assistance Service Company, la branche d’assurance voyages de Generali, voit le jour. En 1971, le logo actuel du groupe est présenté avec un nom raccourci : «Generali».

Lorsque Enrico Randone devient président en 1979, il est à la tête d’une entreprise qui souscrit 1,395 billion de lires de primes et détient des investissements immobiliers de 581 milliards de lires. Les années 1980 confirment le positionnement de l’entreprise. A l’aube de l’ouverture du marché commun européen en 1992, le secteur de l’assurance connait une accélération des fusions et acquisitions.

C’est à cette époque que Generali tente, en 1988, de racheter la Compagnie du Midi, un important assureur français, dans lequel il détient des participations. C’est un échec, puisque ce dernier s’allie à Axa afin de contrer cette acquisition hostile. Cette stratégie s’est révélée néanmoins inutile puisque Axa profitera de ce rapprochement pour prendre le contrôle de la Compagnie du Midi. Generali devient alors actionnaire du géant français par le biais de son engagement dans la Compagnie du Midi. En 1989, Generali devient le premier assureur d’Europe occidentale à reprendre des activités en Europe de l’Est par le biais d’une joint-venture qu’il crée avec l’assureur national hongrois Allami Biztosito.

Les années 1990 : stratégie d’expansion de Generali à l’international

© Zinn, CC BY-SA 3.0

En 1990, le siège de la compagnie Generali qui était à Rome depuis 45 ans revient à Trieste. La même année des liens sont tissés avec le troisième assureur japonais de l’époque, Taisho Marine and Fire Insurance Company (devenu plus tard Mitsui Marine and Fire Insurance Company).
Cette collaboration permet aux deux groupes d’ouvrir des bureaux de liaison en Italie et au Japon. Ce premier contact en Extrême Orient est le début d’une stratégie d’ouverture vers le continent asiatique. C’est Eugenio Coppola di Canzano, qui remplace Enrico Randone en 1991 à la présidence de l’entreprise, qui s’attèle à cette tâche. En 1991, des bureaux sont ouverts à Hong Kong et Singapour. Il renforce également la position de son groupe aux Etats-Unis, en signant un accord de partenariat avec Continental.

Si à cette période l’expansion reste forte, les résultats obtenus par les filiales britannique et française sont très mauvais. En Angleterre, les taux de sinistres à primes atteignent 113% en 1991 et 117% en 1992, à cause notamment de diverses catastrophes naturelles. En France, ce sont les pertes en non vie qui plombent les résultats. Des critiques s’élèvent alors, parlant de mauvaise gestion de la part du management. Au global, Generali reste néanmoins légèrement bénéficiaire grâce en particulier au marché italien.

En 1994, la société accroit de 379% sa part de marché en Suisse en prenant une participation majoritaire dans Fortuna Holding. Le volume de primes qu’elle y génère compte, dès lors, pour 6% des primes brutes estimées à 17,63 milliards USD en provenance de 40 pays. La même année, Generali inaugure Genertel, la première société d’assurance italienne opérant par téléphone.

Sous l’ère du nouveau président Antoine Bernheim arrivé en 1995, le groupe entame un rapprochement avec Axa, dont Generali détient 16,9% du capital sans droits de vote. Les rapports avec l’assureur français sont conflictuels depuis 1988, du fait du rachat de la Compagnie du Midi au nez et à la barbe de Generali. Depuis quelques années déjà, l’assureur de Trieste cherche en vain à nouer un partenariat avec Axa en Asie. Ce n’est que sous la menace de la vente des participations que Generali possède dans Axa que le groupe de Bébéar renoue des liens avec la société italienne et lui permet d’obtenir 11% de son capital avec 15,6% de droits de vote. Cette avancée en France, se combine avec un renforcement de la position du groupe en Allemagne et en Israël après la prise de contrôle de deux importants assureurs, respectivement AMB et Migdal. Generali devient alors un assureur de premier plan dans chacun de ces deux pays.

En 1998, les activités de la société s’élargissent au secteur financier avec l’acquisition de BSI et la création de Banca Generali. Cette opération survient un an avant la prise de contrôle du géant INA, assureur public italien numéro un du marché local vie. En 2006, Generali prend le contrôle de Toro Group qui fusionne avec Alleanza en 2009.

Le début des années 2000 est principalement marqué par la percée du groupe sur le marché chinois de l'assurance, où il est autorisé à ouvrir une filiale vie à Canton. En 2005, Generali élargit son domaine d’activité aux polices collectives.

L’assureur Generali, en 2010

En 2011, Gabriele Galateri di Genola devient président. Son groupe a engrangé un montant de primes émises brutes de 68,4 milliards EUR (90,6 milliards USD) en 2010, dont 30,2% en non vie et 69,8% en vie, ce qui le place en troisième position en Europe. Generali opère à travers 500 sociétés réparties dans 66 pays. Ses principaux marchés sont l’Italie (29%), l’Allemagne (22,9%), la France (20,9%), l’Autriche (3,4%), l’Espagne (3,1%), la Suisse (2,1%).

Les actifs gérés (432 milliards EUR, soit 572 milliards USD), dans le secteur bancaire grâce à Banca Generali et dans l’immobilier lui permettent de dégager des produits financiers qui portent son chiffre d’affaires global, toutes activités confondues, à 73,187 milliards EUR (96,995 milliards USD) à fin 2010 pour un bénéfice net de 1,702 milliard EUR (2,255 milliards USD). Generali compte 85 000 employés ou collaborateurs à travers le monde.

Generali c’est, en 2010 :

  • un chiffre d’affaires de 73,187 milliards EUR (96,995 milliards USD)
  • 432 milliards EUR (572 milliards USD) d’actifs gérés
  • plus de 500 implantations et participations dans des compagnies internationales
  • 85 000 salariés
  • 70 millions de clients à travers le monde
  • une implantation dans 66 pays

Principaux indicateurs techniques du groupe Generali 2006-2010
en millions USD

 20062007200820092010
Chiffre d'affaires global du groupe
85 19097 52896 997101 09196 995
> Dommages
> Vie
24 351
60 839
30 700
66 828
30 999
65 998
31 010
70 081
67 720
29 275
Résultat opérationnel consolidé
5 3797 0595 5435 2325 403
Résultat net
3 1754 2931 2141 8762 255
Fonds Propres
20 07721 78215 94723 86823 179
Marge de solvabilité
-143%123%128%132%
Ratio combiné dommages
96,3%95,8%96,4%98,3%98,8%
Taux de change
EUR/USD au 31/12
2006
2007
2008
2009
2010
1,32027
1,47285
1,40974
1,43333
1,32530
Evolution du chiffre d’affaires de Generali 2006-2010 en millions USDEvolution du résultat net de Generali
2006-2010
en millions USD

Notation de solidité financière au 31.12.2010

Agences de notationNotationPerspectives
Standard & Poor’s
AA-Stable
Moody’s
Aa3Négative
A.M. best
A+Stable
Fitch Ratings
AA-Négative
Répartition en % du chiffre d'affaires non vie 2010 par zone géographiqueRépartition en % du chiffre d'affaires vie 2010 par zone géographique
(Cliquer pour agrandir)(Cliquer pour agrandir)
1 Y compris l’Espagne, l’Autriche et la Suisse.

Les implantations de l’assureur Allianz dans le monde

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