L’Afrique connaît une accélération de sa transformation numérique, portée par l’expansion de l’Internet mobile, l’essor des services financiers digitaux tels que le mobile banking, le mobile money et le commerce électronique. La modernisation des administrations publiques pousse également à la transformation numérique de l’écosystème assurance.
Cette dynamique s’accompagne toutefois d’une recrudescence des cyber-risques, exposant davantage les institutions financières, les entreprises et les utilisateurs à de nouvelles formes de menace.
Dans ce contexte, la cyberassurance émerge progressivement comme un segment stratégique pour les assureurs africains et une nouvelle solution pour les entreprises.
Vulnérabilité des entreprises africaines aux cyberattaques
Les entreprises africaines sont de plus en plus vulnérables aux cyberattaques : rançongiciels, fuites massives de données, fraudes numériques, usurpation d’identité, piratage de systèmes de paiement, etc.
En 2024, les logiciels de cybersécurité de Kaspersky (1) ont, à eux seuls, détecté 131 millions de cyberattaques, dont près de 40% ont ciblé le Kenya, l’Afrique du Sud et le Maroc. Les pertes financières sont significatives.
Selon le rapport 2025 «Africa Cyberthreat Assessment Report » publié par l'Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL), ces pertes sont estimées à 3,5 milliards USD par an pour le secteur financier africain.
(1) Société spécialisée dans les solutions et les services de cybersécurité.

La multiplication des attaques et la hausse des coûts financiers, poussent les opérateurs économiques notamment les banques, les fintechs, les administrations publiques et les grandes entreprises, à recourir à des mécanismes de protection.
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La cyber-assurance en Afrique
Encore embryonnaire comparativement à l’Europe ou aux Etats-Unis, le marché africain de la cyber-assurance commence à attirer l’attention des assureurs et des autorités de contrôle.
Dans ce marché émergent, Kaspersky estime que moins de 10% des entreprises africaines disposent d’une couverture cyber. Les menaces les plus fréquentes sont les ransomwares, le phishing et le vol de données. Ces attaques touchent principalement les entreprises basées au Kenya, en Afrique du Sud, au Maroc et au Nigeria.
Un marché peu développé mais à fort potentiel
L’Afrique demeure l’une des régions du monde où le taux de pénétration de l’assurance est le plus faible, souvent inférieur à 3% dans plusieurs pays.
Dans ce contexte de faible maturité assurantielle globale, la cyber-assurance peut représenter une nouvelle niche à développer. D’autres facteurs stimulent également l’essor de ce marché notamment la hausse du nombre d’attaques, l’accélération de la transformation numérique et le développement du e-commerce.
Les grandes entreprises, banques, opérateurs de télécommunication et certaines fintechs constituent aujourd’hui les principaux demandeurs de couvertures cyber. Des garanties cyber sont ainsi de plus en plus intégrées dans les offres destinées aux entreprises, notamment en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigéria et en Egypte.
A titre d’exemple, Africa Specialty Risks (ASR) a développé fin 2025 une police d’assurance cyber proposant une couverture allant jusqu’à 5 millions USD.
Selon Cognitive Market Research (1) le marché de la cyber-assurance connaît une forte croissance dans plusieurs pays africains. En 2024, ce marché est estimé à 29,72 millions USD en Égypte grâce un taux de croissance annuel moyen de 26,6%.
En Afrique du Sud, le marché atteint 44,72 millions USD en 2024, avec une croissance annuelle moyenne de 27,2%, soutenu notamment par l’augmentation des investissements dans les infrastructures de cybersécurité. Le marché nigérian est quant à lui évalué à 29,72 millions USD en 2024.
(1) Société d’études de marché et de conseil.
Un levier potentiel de modernisation du secteur
La cyber-assurance pourrait devenir un levier de modernisation du secteur africain de l’assurance.
Pour ce faire, le marché devra s’appuyer sur un meilleur partage des données cyber, le renforcement des capacités actuarielles locales, la montée en compétence des assureurs africains ainsi qu’une amélioration du niveau de cybersécurité des entreprises.
Cyber-assurance : principaux acteurs du marché africain
Les principaux acteurs présents sur le marché africain de la cyber-assurance se répartissent en trois grandes catégories.
La première regroupe les sociétés d’assurance panafricaines. Ces dernières développent des solutions cyber dans le cadre de leurs activités d’assurance des entreprises. Parmi les principaux acteurs figurent Sanlam, Old Mutual, Hollard Insurance ou encore AXA Mansard. Ces groupes bénéficient d’une forte présence régionale et d’une bonne connaissance des marchés locaux.
La deuxième catégorie comprend les grands groupes internationaux spécialisés dans les risques complexes. Des acteurs comme AXA XL, AIG, Allianz, Zurich Insurance, Beazley ou Chubb occupent une place importante sur le segment des grandes entreprises et des multinationales présentes en Afrique. Ces groupes disposent d’une expertise technique avancée ainsi que d’importantes capacités financières.
Enfin, le marché s’appuie également sur les grands courtiers et intermédiaires internationaux opérant sur le continent, notamment Aon, Marsh et WTW.
Principaux freins au développent de la cyber-assurance en Afrique
Le marché africain reste confronté à plusieurs défis qui ralentissent l’adoption de solutions cyber. Les couvertures assurantielles sont, en fait, très limitées et souvent mal comprises.
Globalement, les opérateurs présents sur ce segment font face à de nombreux enjeux, notamment :
- le manque de données fiables sur les incidents cyber : les assureurs ont du mal à évaluer les pertes réelles, tarifer correctement le risque et modéliser les scénarios de catastrophe numérique,
- le coût élevé des polices cyber : les primes sont souvent jugées trop élevées par les petites et moyennes entreprises, qui représentent pourtant la majorité du tissu économique africain,
- le faible niveau de sécurité informatique au sein des entreprises africaines. L’Afrique dépense entre 2,5 et 3,5 milliards USD (1) par an en cybersécurité,
- la pénurie de talents : selon des analyses de l’ISC (Cybersecurity Workforce Study 2023), l’Afrique fait face à un manque estimé à plusieurs centaines de milliers de spécialistes en cybersécurité,
- le manque de sensibilisation : le risque cyber est souvent considéré comme secondaire par les entreprises, comparé aux aléas physiques tels que l’incendie, le vol, ou l’inondation.
(1) Sources : Interpol et le cabinet international de conseil Karney
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Principales cyberattaques en Afrique
| Pays | Date | Cible | Type d'attaque | Conséquence |
| Afrique du Sud | Juillet 2021 | Transnet (ports et logistique) | Rançongiciel | Paralysie partielle des ports de Durban, Cape Town et Ngqura, entraînant une perturbation du commerce maritime africain, Pertes économiques estimées à 2,7 milliards USD sur douze mois. |
| Afrique du Sud | Septembre 2021 | Département de la Justice | Rançongiciel | Services judiciaires perturbés, systèmes hors ligne pendant plusieurs jours ; retards dans les procédures administratives et judiciaires. |
| Nigéria | 2022-2024 | Banques et fintechs | Fraude numérique | Pertes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars selon les autorités financières nigérianes, En 2024, les institutions financières du Nigéria ont perdu 33,7 millions USD liées à la fraude numérique |
| Kenya | Juillet 2023 | Plateforme publique e-Citizen | Cyberattaque par déni de service distribué (DDoS) | Perturbation des services administratifs nationaux, Indisponibilité temporaire des plateformes gouvernementales, Impact sur les paiements et les démarches publiques |
| Soudan | 2023-2024 | Réseaux télécoms et infrastructures étatiques | Cyberattaques liées au conflit | Interruption des communications et compromission de systèmes gouvernementaux dans le contexte de la guerre civile |
| Ethiopie | 2022 | Institutions publiques | Campagnes de malware et d'espionnage | Tentatives d'espionnage numérique et perturbation des services publics durant les tensions politiques internes |
| Zambie | 2025 | Réseau de fraude numérique | Cyberfraude massive | Escroquerie estimée à environ 300 millions USD affectant près de 65 000 personnes |





