La guerre au Moyen-Orient : l’assurance au cœur de la tourmente

avril 27, 2026
Guerre Moyen-Orient

L’assurance, en tant que mécanisme de mutualisation des risques et de soutien à l’activité économique, se retrouve au cœur de la tourmente. Elle est forcément impactée par l’intensification des risques géopolitiques.

Les assureurs et réassureurs, engagés dans la zone, sont ainsi contraints de réévaluer leur exposition, d’ajuster leur politique de souscription et de durcir les conditions de couverture.

Cette réévaluation concerne en particulier les branches les plus exposées comme le transport maritime, l’aviation, le crédit commercial, la perte d’exploitation, l’énergie et l’assistance voyage.

L'assurance risques de guerre

La garantie risques de guerre est optionnelle. Elle peut être souscrite dans plusieurs branches : aviation, transport maritime, risques dommages aux biens, …

En transport maritime, la garantie risques de guerre peut être souscrite aussi bien par l’armateur que par l’affréteur.

En fonction du rôle et des responsabilités de chaque intervenant, la garantie couvre les dommages causés au navire et/ou à la cargaison par des actes de guerre, hostilités, rébellions, insurrections, actes de terrorisme ou sabotage liés à un conflit. Elle prend en charge également les pertes financières résultant de la capture, de l’arraisonnement ou de la détention du navire par une force hostile.

Le contrat peut être conclu pour une durée d'un an ou pour un trajet ponctuel (assurance au voyage) traversant des zones à haut risque comme le détroit d’Ormuz ou le Golfe d’Aden.

Moyennant préavis, cette garantie peut être résiliée par l’assureur lorsque la situation géopolitique se détériore.

L'escalade militaire déclenchée le 28 février 2026 au Moyen-Orient a placé le marché transport maritime sous forte tension. Le niveau de risque du Golfe Persique, surveillé par la Joint Cargo Committee (JCC), s’est dégradé dès le 1er mars 2026, passant de « Très élevé » à « Sévère » (1).

(1) Global Cargo Watch List - GCWL : https://watchlists.spglobal.com/watchlists-viewer-public

Face à cette situation, les assureurs se sont retrouvés avec deux options soit supprimer purement et simplement la couverture « risques de guerre », soit imposer une surprime aux armateurs.

  • La suppression de la couverture pour les zones devenues inassurables. Les assureurs ont émis des préavis de résiliation allant de 48h à 7 jours, contraignant les armateurs à réorganiser leurs itinéraires. Passé ce délai, les navires et leurs cargaisons ne sont plus couverts contre les risques de guerre dans le détroit d'Ormuz.
    Plusieurs grands assureurs maritimes ont ainsi émis des préavis d’annulation de la couverture risques de guerre pour les navires transitant par les eaux iraniennes et le golfe Persique. Ces annulations sont devenues effectives le 5 mars, laissant des centaines de navires bloqués ou ancrés à proximité d'Ormuz.
  • La hausse des primes « risques de guerre ». Avant même la récente escalade militaire, le Golfe Persique faisait partie des zones les plus sensibles, sujettes à un accroissement de primes. Le coût de l'assurance pour traverser le détroit d’Ormuz a donc fortement augmenté ces dernières semaines.
    L’assurance « corps de navire » qui représentait par exemple entre 0,05% et 0,15% de la valeur du bateau avant le conflit, atteint 3% à la mi-mars 2026. Ces hausses tarifaires se répercuteront tout au long de la chaîne logistique, entrainant une augmentation du coût final des marchandises.

Guerre au Moyen-Orient : un impact limité sur le marché de l’assurance

Selon certains analystes, l’impact de la guerre au Moyen-Orient devrait rester limité sur le marché. Les raisons avancées par les tenants de cette thèse peuvent se résumer en six points :

  • Tendance haussière des primes et durcissement des conditions de couverture. Lors des crises géopolitiques, les assureurs font preuve de discipline technique. Ils renforcent leur rentabilité en instaurant un environnement tarifaire plus favorable.
  • Solidité financière des assureurs et réassureurs. Le niveau de capitalisation des acteurs du marché demeure suffisamment solide pour absorber un choc modéré à court terme. En revanche, un conflit prolongé ou une escalade pourrait affecter sensiblement les bilans.
  • Impact limité à certains segments spécialisés notamment le transport maritime et l’aviation.
  • Exclusions des conflits armés dans la plupart des contrats. La majorité des polices notamment l’assurance voyage ne couvre pas automatiquement les guerres ou hostilités.
  • Exposition clairement identifiée, surveillée et tarifée pour les risques politiques.
  • Prise en charge des risques par le marché londonien de spécialités : Les pertes risques de guerre concernent un nombre limité d’acteurs parmi lesquels le Lloyd’s de Londres. Ce dernier assure principalement les risques énergie et marchandises transitant par des routes maritimes sensibles comme le détroit d’Ormuz et la Mer Rouge.

Cyberguerre et assurance

Les tensions géopolitiques stimulent la demande de couverture cyber, incitant les assureurs à adapter leurs produits et politiques de souscription. Ainsi, les polices cyber en particulier celles des entreprises sont en pleine révision, notamment celles exposées aux risques politiques du Moyen-Orient.

Plus de 90% des contrats actuels excluent les attaques initiées par des États. Il est parfois difficile d’identifier avec certitude l’origine d’un acte malveillant qu’il émane d’organisme étatique ou non, d’où retard ou refus d’indemnisation.

Coût du conflit du Moyen-Orient sur les assureurs

A ce jour, le montant des indemnisations liées au conflit du Moyen-Orient demeure incertain. Les analystes qualifient cette situation de « multi-line event », affectant simultanément plusieurs branches d’assurance : maritime, aviation, dommages aux biens, énergie, perte d’exploitation, crédit commercial et risques politiques.

Au Moyen-Orient, les assureurs ne font pas face à un sinistre isolé, mais à une corrélation extrême de pertes, susceptibles d’engager les assureurs et réassureurs.

Il s’agit d’une situation délicate et inédite pour laquelle certains pays comme les États-Unis ont décidé de mettre en place un filet de sécurité pouvant atteindre 40 milliards USD. Ce montant est dédié à la couverture des pertes d’une seule ligne d’assurance (transport maritime : corps et cargaison). Ce plafond d’engagement constitue une estimation implicite du risque assurable pour les pertes maritimes.

Un tel mécanisme est généralement activé lorsque le marché privé ne peut plus absorber le risque, soulignant ainsi le caractère systémique du conflit.

Programme de réassurance maritime de la DFC

Afin de rétablir le transport maritime commercial dans le Golfe Persique et relancer les flux énergétiques et commerciaux à travers le détroit d'Ormuz, la société américaine de financement du développement international (International Development Finance Corporation, DFC) instaure un programme de réassurance maritime d’un montant de 40 milliards USD.

Chubb, Berkshire Hathaway et AIG sont les principaux partenaires de la DFC pour la mise en œuvre et la gestion de ce dispositif.

Ce programme indemnise les pertes des navires répondant à un nombre de critères d'éligibilité, avec une couverture initiale centrée sur les garanties Corps & Machines (Hull & Machinery) et marchandises transportées (Cargo).

Position des agences de notation

En cas de conflit dévastateur, l’activation des clauses d'exclusion ne suffira pas à protéger les assureurs et réassureurs. Les agences de notation suivent donc de près l’évolution des événements en cours qui mettent sous pression l’ensemble du marché.

Risque indirect pour les assureurs

Selon S&P Global Ratings, le marché de l’assurance dans les pays du Golfe devrait rester globalement résilient à court terme. Les différents acteurs (assureurs et réassureurs) bénéficient de niveaux de capitalisation élevés, d’une capacité de réassurance adéquate et de clauses d’exclusion des risques de guerre.

L’agence souligne que le principal risque ne se situe pas uniquement au niveau technique, mais également au niveau financier avec une grande volatilité des marchés boursiers susceptible d’éroder les fonds propres des assureurs.

Autre effet indésirable, le conflit pourrait ralentir la croissance du marché, en raison d’un affaiblissement de la demande. Une augmentation de l’intérêt pour les couvertures risques de guerre pourrait toutefois partiellement compenser ce ralentissement.

Enfin, ces prévisions restent conditionnées à la durée du conflit. Une escalade prolongée des hostilités affecterait plus significativement les performances du secteur.

Résilience sous conditions

Pour les experts de Fitch Ratings un prolongement du conflit moyen-oriental accroîtrait les risques indirects du marché, en raison notamment de la perturbation des chaînes d’approvisionnement.

L’agence souligne que les perturbations des flux gaziers au Qatar créeraient des tensions sur l’approvisionnement en hélium avec une hausse des prix de ce gaz noble comprise entre 50% et 200%. Ce renchérissement pourrait déboucher sur une hausse des besoins en financement des entreprises et accentuer leur vulnérabilité financière.

Dans un tel contexte, les assureurs seraient particulièrement exposés à une hausse des sinistres dans les branches assurance-crédit et pertes d’exploitation. L’impact d’un conflit durable aurait forcement des conséquences marquées sur l’ensemble des acteurs du marché.

La réassurance sous tension

Pour AM Best, le conflit du Moyen-Orient pousserait les réassureurs à réévaluer leurs expositions aux risques de la région. Un ajustement est à prévoir lors des renouvellements des contrats avec :

  • une révision à la hausse des primes,
  • une modification des conditions de couverture,
  • des clauses d’exclusions et de limites de garantie.

Le marché régional direct serait donc amené à retenir davantage de risques, alors que les capacités locales de réassurance restent limitées.

Pour l’heure, les pertes subies par le marché de la réassurance restent limitées. Ces dernières se traduiraient par des dommages ponctuels, les risques de guerre étant généralement exclus des traités ou proposés à l’aide d'avenants spécifiques.

De plus, les sanctions imposées à l’Iran depuis de nombreuses années limitent l’engagement des réassureurs aux risques liés à ce pays. De ce fait, les dommages occasionnés par le conflit du Moyen-Orient auraient un impact limité sur le marché mondial de la réassurance.


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