Interview : Laurent Montador, Directeur Général Adjoint d’Arundo Re

mai 14, 2025
laurent montador arundo-re

Dans un contexte international marqué par une recrudescence des phénomènes climatiques, des tensions géopolitiques plus fortes que jamais et un accroissement de la cyber criminalité, la réassurance joue un rôle crucial dans la gestion des risques et la préservation du modèle assurantiel à l'échelle mondiale.

C’est dans ce paysage en profonde mutation qu’Arundo Re — anciennement CCR Re — affirme son positionnement de réassureur global.

Dotée d’une expertise reconnue, d’une assise financière solide et d’un portefeuille géographiquement diversifié, la société poursuit une stratégie mesurée en adéquation avec les besoins croissants de ses partenaires.

Lors d’un entretien exclusif accordé à Atlas Magazine, Laurent Montador, directeur général adjoint d’Arundo Re, revient sur les fondements de l'entreprise, son business model et ses perspectives de croissance.

 

Atlas Magazine : L’actionnariat d’Arundo Re comprend un réassureur spécialisé dans les risques catastrophes naturelles, deux assureurs directs dont un leader du marché français des risques construction et un autre versé dans les risques santé. Arundo Re va-t-il s’appuyer sur l’expertise de ses actionnaires pour développer un portefeuille de niches dans les branches catastrophes naturelles, santé et construction.

L. Montador : Arundo Re se positionne en tant que réassureur global présent sur l’ensemble des branches traditionnelles (P&C, spécialités et vie), centralisé et de taille moyenne. La société ne vise donc pas exclusivement une réassurance de niche, bien qu’elle ait quelques affaires de niche dans son portefeuille.

SMABTP, notre nouvel actionnaire principal, nous consolide en bénéficiant d’une diversification géographique et par lignes d’affaires. De ce fait, Arundo Re ne privilégiera pas particulièrement les risques construction ou santé mais optera pour un développement équilibré de l’ensemble des branches. La souscription des risques catastrophes naturelles devient de plus en plus complexe et nécessite le recours à des spécialistes en modélisation, équipe que nous avons constituée et renforcée dès la création de la société. Nous avons augmenté nos capacités sur cette branche tout en maintenant une approche prudente.

Nos actionnaires nous font confiance pour continuer notre développement profitable tel qu’il s’est profilé au cours des dernières années.

Atlas Magazine : Au cours d’un entretien que vous aviez eu avec les représentants d’Atlas Magazine en février 2024, à Mascate, (Assemblée générale du GAIF) vous aviez mentionné parmi vos objectifs vouloir atteindre le plus rapidement possible la taille critique. Pourriez-vous développer cette notion ? À quel niveau de prime situez-vous cette taille critique et à travers quel portefeuille cible ?

L. Montador : Lors de la création de CCR Re, en 2016, nous estimions la taille critique du portefeuille à 1,5 milliard d’euros. Depuis, notre réflexion a évolué, la société a de nouveaux actionnaires et de nouvelles ambitions. Les passages de CCR à CCR Re et de CCR Re à Arundo Re s’étant déroulés dans de très bonnes conditions, nous situons maintenant la taille critique d’Arundo Re à un peu plus de 2 milliards d’euros. L’idée est d’atteindre cet objectif de chiffre d’affaires avec une structure de coûts maîtrisée. Ces derniers sont déjà passés de 7% à 4,5%. L’idéal étant un taux de croissance des coûts moitié moins élevé, que celui du chiffre d’affaires.

Ceci étant dit, le portefeuille cible devrait comprendre 65% à 70% de risques P&C et 30% à 35% de risques assurance de personnes.

Le portefeuille P&C pourrait avoir la configuration suivante : 50% de risques dommages aux biens et divers, 25% de risques responsabilité civile incluant l'automobile, une part de transport et d’engineering complétés par des risques crédit-caution et autres risques de spécialités. Notre approche est de rendre un service à nos clients sur l’ensemble de leurs branches dans la mesure du possible.

Atlas Magazine : Adossée à des actionnaires de premier plan, Arundo Re est de nos jours une société, bien notée par les agences spécialisées. Elle bénéficie d’une bonne solidité financière et de fonds propres conséquents. Dotée de tels fondamentaux, la société peut se permettre une politique de développement plus audacieuse que par le passé. Le changement de nom augure-t-il d’une nouvelle ère ?

L. Montador : Arundo Re opte pour une politique axée sur le profit, un développement mesuré ayant pour base un portefeuille équilibré et des risques calculés et accompagnant ses clients de manière globale.

La politique de la société ne sera pas plus audacieuse que par le passé mais sera focalisée sur l’obtention de participations plus importantes, la couverture de nouveaux clients ayant une vision partenariale de la réassurance. Nous ne manquons pas d’audace mais toujours de manière considérée et calculée, dans le cadre de notre appétit au risque souhaité par notre conseil d’administration.

Atlas Magazine : Comme ce fut le cas lors de la montée en puissance du marché bermudien dans les années 90 avec les risques cyclones et attentats, la demande actuelle de couvertures des risques climatiques, cybers, géopolitiques et autres pandémies peut s’avérer lucrative pour les réassureurs à condition toutefois de disposer de capacités suffisantes. Comment se positionne Arundo Re sur ce créneau ?

L. Montador : Les capacités d’Arundo Re ont connu plusieurs augmentations depuis 2016. Comme je l’ai déjà mentionné, la souscription des risques catastrophes naturelles reste sous surveillance régulière durant les campagnes de renouvellement et au cours de l’année. Nous avons par ailleurs une rétrocession adaptée à notre portefeuille de risques. Notre équipe de spécialistes dédiés nous permet de continuer à nous développer dans ce secteur en veillant à l’équilibre global du portefeuille et à la juste rémunération du capital consommé.

En ce qui concerne les couvertures cyber, leur modélisation reste difficile, par manque de data notamment en Europe. Elle est réservée, dans un sens, aux très grands réassureurs ou aux réassureurs de niches, qui, au final, fixent leurs conditions aux cédantes.

De ce fait, nous souscrivons ce risque avec une très grande prudence. Cette souscription se fait généralement avec des partenaires qui ont exclu de leurs polices générales le risque cyber et qui proposent des couvertures cyber spécifiques.

Sur les risques géopolitiques, nous avons de même une politique privilégiant les couvertures dédiées à la fois pour le risque terrorisme et SRCC avec une capacité spécifique au niveau mondial, ce qui permet à Arundo Re de répondre à des demandes de protection dans le cadre d’une relation globale, sans pour autant créer de business unit consacré particulièrement à ce risque.

Atlas Magazine : La zone Asie-Pacifique constitue le moteur actuel de croissance des primes assurance et réassurance. Comment comptez-vous tirer profit de cette situation ? Question subsidiaire : Quelle place occupe les puissances asiatiques émergentes Chine et Inde dans votre stratégie ?

L. Montador : Nous portons une attention particulière au développement de notre portefeuille dans cette région du monde. L’Asie constitue déjà notre deuxième marché P&C et troisième marché vie. Nous souscrivons des affaires au Vietnam, en Malaisie, en Chine, au Japon, en Indonésie et en Inde. Nous ambitionnons de nous positionner parmi les dix ou quinze premiers réassureurs sur chacun de ces marchés.

En ce qui concerne les deux puissances, Inde et Chine, qui ont encore un très gros potentiel de croissance même s’il faut anticiper quelques turbulences liées à la nouvelle politique commerciale des Etats-Unis, nous avons récemment recruté une équipe composée de deux souscripteurs indiens expérimentés pour le pilotage et le développement du portefeuille vie et non vie en Inde. Cela fait partie de notre modèle de recruter des souscripteurs natifs des principaux marchés dans lesquels nous travaillons. Nous comptons beaucoup sur cet apport de capital humain pour développer notre présence dans ces pays.

En Chine, pays important dans notre stratégie de développement, nous visons une présence plus importante que celle dont nous disposons actuellement. Nous sommes présents dans ce pays depuis plus de vingt ans auprès de certains assureurs et nous continuons à adopter une approche transverse, pour figurer en tant que réassureur et partenaire global.

Atlas Magazine : Pourriez-vous détailler la politique qu’Arundo Re souhaite mener sur le continent africain alors que plusieurs réassureurs de taille mondiale semblent y amorcer un repli.

L. Montador : Arundo Re ne compte pas se retirer d’Afrique. L’assurance africaine est en pleine recomposition avec la montée en puissance de grands groupes panafricains et des groupes nationaux qui arrivent à maturité. C’est sur ces grands comptes africains que nous comptons développer notre portefeuille.

L’Afrique compte également de nombreuses compagnies de réassurance tournées principalement vers leur marché national où elles bénéficient souvent de cessions légales obligatoires conséquentes. Nous restons donc disponibles pour travailler en rétrocession avec ces réassureurs pour leurs placements de portefeuilles locaux ou régionaux.

Atlas Magazine : Contrairement à d’autres réassureurs, votre portefeuille Moyen-Orient à fin 2023 n’est pas dominé par les risques dommages aux biens mais par les assurances de personnes. Pourriez-vous donner plus de détails sur ce positionnement et par la même décrire votre politique au Moyen-Orient ?

L. Montador : Ce positionnement résulte du rachat auprès d’un grand réassureur des droits de renouvellement et d’un logiciel de gestion des contrats vie au Moyen-Orient, installé chez les cédantes. Nous préférons agir ainsi lors d’opportunités de croissance externe. Nous avons donc ainsi hérité d’un substantiel portefeuille vie et santé que nous continuons à développer. A l’heure actuelle, ce portefeuille compte environ 75% d’affaires vie et 25% de produits santé.

Notre intérêt pour le Moyen-Orient se manifeste par le recrutement d’un personnel spécialisé dans le traitement des risques de la région. Nous pouvons ainsi consolider l’accompagnement que nous fournissons déjà à nos partenaires de la région.

Autre objectif régional, Arundo Re compte développer davantage ses activités en Egypte et dans les pays du Maghreb, zone gérée par notre équipe de Beyrouth.

Atlas Magazine : Le marché européen de la réassurance est très concentré. A fin 2023, les cinq premiers acteurs totalisent 82% des primes brutes et les dix premiers 95%. A la même période, Arundo Re occupe la 12ème place d’un marché qui compte 27 réassureurs. A quel horizon estimez-vous la date d’entrée de la société dans le top 10 ?

L. Montador : Arundo Re n'a pas d'objectif spécifique sur l'Europe, hormis celui d'avoir la taille critique et un portefeuille équilibré sur ce marché, comme au niveau global. Nous ne visons donc pas une place dans le top 10 en Europe, mais nous sommes convaincus de la nécessité pour les cédantes d’avoir une alternative aux cinq premiers réassureurs mondiaux.

Néanmoins, notre objectif reste le profit, la maîtrise de nos coûts et la constitution d’un portefeuille équilibré par branche et par zone géographique. Nous continuerons à être prudents et à prendre des risques calculés. Telle est notre stratégie pour le moyen terme.


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