Le réchauffement climatique constitue aujourd’hui l’un des principaux risques pour l’économie mondiale. Au-delà de la hausse des températures, ce phénomène accentue certains événements extrêmes et rend leur prévision plus difficile. Sécheresses, vagues de chaleur, incendies, inondations ou tempêtes n’évoluent pas de la même manière à travers les régions, ce qui complexifie l’évaluation et la tarification des risques pour le marché de l’assurance.
Cette tendance au réchauffement de la planète s’est particulièrement accentuée ces derniers temps. Ainsi, 2025 figure parmi les années les plus chaudes jamais enregistrées, alors que le mois d’août 2026 établit un nouveau record mondial de chaleur. La température moyenne mondiale y a alors atteint 1,65 °C au-dessus du niveau préindustriel, illustrant la persistance d’un climat exceptionnel.
Cette évolution climatique entraîne des pertes économiques croissantes et affecte progressivement les ménages, les entreprises, les infrastructures et les finances publiques. Elle exerce également une pression croissante sur le secteur de l’assurance : augmentation du coût des sinistres, hausse des primes, restrictions de garanties, réductions de la capacité disponible et recours accrus à la réassurance et aux mécanismes alternatifs de transfert des risques.
Dommages matériels et économiques liés aux catastrophes naturelles
Au cours de la période 2006 - 2025, les catastrophes naturelles ont causé des pertes moyennes de 349 milliards USD par an. L'année 2011 reste la plus coûteuse de la période, avec près de 700 milliards USD de pertes, dont 235 milliards USD pour le seul tsunami du Japon.
L'année 2019 concentre le plus grand nombre d'événements (449 en une seule année), et l'année 2010 reste la plus meurtrière, avec près de 300 000 décès, dont plus de 222 000 pour le seul séisme d'Haïti.
Impact des catastrophes naturelles sur les entreprises
Selon le Baromètre des risques d’Allianz 2026, les catastrophes naturelles occupent la 5ème place des préoccupations des entreprises à l’échelle mondiale. L’interruption d’activité arrive en 3ème position, un risque qui peut être fortement accentué par les événements climatiques extrêmes.
Certains secteurs sont particulièrement vulnérables aux conditions climatiques en raison de leur dépendance aux ressources naturelles, c’est le cas de l’agriculture, de la pêche, de l’énergie et du tourisme dont les conditions d’activité sont durablement modifiées.
Pour les entreprises, le risque climatique, se traduit de deux façons :
- Coût direct causant des dommages aux bâtiments, équipements et infrastructures ;
- Coût indirect lié à l’interruption d’activités.
Plusieurs événements récents illustrent l’ampleur de ce risque dont les conséquences ne se limitent plus aux dommages matériels :
- L'ouragan Katrina en 2005, a entrainé plusieurs dizaines de milliards de dollars de pertes liées à la paralysie des activités.
- Le tsunami de 2011 au Japon a immobilisé les chaînes de production du pays, un arrêt qui a coûté 79 milliards USD aux entreprises touchées.
- Les inondations de 2011 en Thaïlande ont interrompu les chaînes de production automobile, électronique et informatique à l'échelle mondiale. Les pertes d'exploitation ont atteint 26 milliards USD et les dommages matériels directs 21 milliards USD.
- Le cyclone Sandy, qui a frappé les Caraïbes puis le Nord-Est américain fin octobre 2012, a quant à lui entraîné 26 milliards USD de manque à gagner pour les entreprises à l'arrêt.
- En 2024, l'ouragan Beryl a contraint le groupe chimique Dow à arrêter partiellement une usine de production d'éthylène au Texas, Etats-Unis. Cet arrêt a coûté à Dow entre 125 et 150 millions USD, entre perte de production et frais additionnels.
- En 2025, des inondations dans le sud de la Thaïlande ont menacé près de 90 000 tonnes de production chez le premier producteur mondial de caoutchouc.
Autres conséquences
- Perturbation du transport et des chaînes d’approvisionnement,
- Hausse des coûts d’assurance dans les zones vulnérables,
- Mobilisation de dépenses importantes pour renforcer les infrastructures et adapter les processus de production,
- Recours à la délocalisation.
Impact sur les ménages
Les catastrophes climatiques endommagent les biens des particuliers, et détériorent leurs revenus. Selon, la Banque Mondiale, environ 4,5 milliards de personnes sont fortement exposées à au moins un événement climatique extrême, dont 2,3 milliards vivent avec moins de 6,85 dollars par jour. Les conséquences peuvent ainsi se traduire par des difficultés financières durables.
Après le passage de l’ouragan Harvey, qui a frappé Houston en août 2017, une hausse sensible des difficultés financières est constatée dans les quartiers inondés : perte d’emploi, impayés de loyers, dettes parmi les ménages.
Le réchauffement climatique affecte également la santé et la productivité des travailleurs. Au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afghanistan et au Pakistan, trois entreprises sur dix fonctionnent déjà dans des conditions de chaleur extrême pendant plus de 100 jours par an.
Les températures élevées et prolongées réduisent les ventes, pèsent sur la productivité et entraînent une baisse des revenus des travailleurs dans l’ensemble des régions concernées.
Conséquences sur l’agriculture, les infrastructures et les chaînes d'approvisionnement
L’agriculture
Entre 1991 et 2023, les catastrophes climatiques (inondations, sécheresses, vagues de chaleur, …) ont coûté près de 3 800 milliards USD à l'agriculture mondiale, soit en moyenne annuelle plus de 118 milliards USD, ou 5% du PIB agricole mondial. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les sécheresses représentent, à elles seules, les deux tiers de ces dommages.
En raison de l'étendue des terres agricoles et de l’importance de la population rurale, la répartition des dommages par continent, place l'Asie en première position, avec 40% des pertes, soit 1 530 milliards USD. Les Amériques arrivent en deuxième position avec 19% (713 milliards USD), suivies de l'Afrique avec 16% (611 milliards USD).
En proportion de son économie agricole, c’est toutefois l’Afrique qui subit le préjudice le plus important : les pertes y représentent 7,4% du PIB agricole, ce taux atteint 13,4% en Afrique de l’Ouest, la sous-région la plus impactée.
Les infrastructures
Les catastrophes naturelles peuvent endommager les réseaux électriques, les routes, les voies ferrées, les canalisations d’eau et les télécommunications. Elles peuvent aussi provoquer des interruptions d’activités avec des répercussions économiques bien au-delà des dommages matériels.
Selon l’UNDRR (1), les inondations, les sécheresses et les épisodes de chaleur extrême causent à eux seuls 295,5 milliards USD de pertes annuelles moyennes pour les infrastructures essentielles dans le monde. L’Asie concentre la plus grande part de ces pertes, soit 126,9 milliards USD, devant les Amériques (103,7 milliards USD) et l’Europe (56,7 milliards USD).
(1) Bureau des Nations Unies pour la prévention des risques de catastrophe (United Nations Office for Disaster Risk Reduction)
Les chaînes d'approvisionnement
Le Forum économique mondial classe les événements climatiques extrêmes au 2ème rang mondial des risques les plus redoutés à l’horizon de deux ans, et au 1er rang à l’horizon de dix ans.
Ce classement reflète l’importance croissante de ce risque pour tout acteur économique, notamment pour la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Le canal de Panama illustre concrètement ce risque. Cette voie maritime fait transiter environ 5% du commerce mondial. En 2026, une sécheresse liée au phénomène El Niño a obligé les autorités à réduire le trafic quotidien de 36 à 32 navires. Cette restriction a entraîné une baisse de 20% du nombre de navires et de 17% du tonnage transporté.
En Allemagne, les épisodes de basses eaux sur le Rhin et le Danube, observés en 2018 et 2022 puis à nouveau en 2026, ont perturbé le transport fluvial, entraînant une hausse des coûts et des retards dans l’acheminement des matières premières vers les grands pôles industriels européens, notamment dans les secteurs de la chimie, de la sidérurgie et de l’énergie.
Effets des catastrophes naturelles sur l’investissement et le coût du crédit
Le risque climatique ne se limite pas aux dommages matériels ni à la perturbation de l’activité économique. Il peut également peser sur le marché financier en renchérissant le coût du financement et en durcissant les conditions d’accès au crédit pour l’ensemble des acteurs : entreprises directement touchées par un événement naturel et celles subissant les effets indirects.
Selon l’étude publiée dans la revue académique « The Journal of Finance », la survenance d’un ouragan aux États-Unis peut entraîner une hausse du coût du crédit pour les entreprises situées dans des zones épargnées par l’événement. Les banques intègrent davantage le risque climatique dans leurs conditions de financement.
Le phénomène apparaît également sur le marché immobilier européen. Selon la Banque Centrale Européenne (BCE), le risque lié au climat influence désormais les conditions d’octroi de crédit immobilier dans huit pays de la zone : Belgique, France, Allemagne, Irlande, Italie, Pays-Bas, Portugal et Espagne.
Entre 2010 et 2023, les logements les plus exposés aux risques climatiques ont supporté des taux d'intérêt plus élevés que ceux présentant une faible exposition. Cet écart s’est accentué au fil du temps.
Pour les prêts les plus récents, la différence atteint environ 24 points de base entre les logements présentant un niveau de risque moyen et ceux ne présentant pas de risque.
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Effets des catastrophes naturelles sur les finances publiques
Les catastrophes climatiques exercent une pression directe sur les finances publiques. Leurs conséquences peuvent réduire les recettes publiques, affecter l’activité économique et augmenter certaines dépenses liées aux premiers secours, au nettoyage, à la remise en état et à la reconstruction.
Selon une étude du Fonds Monétaire International (FMI) portant sur 164 pays et couvrant les trois dernières décennies, les effets des catastrophes climatiques varient selon la nature de l’évènement. Dans les pays émergents et en développement, une sécheresse entraîne en moyenne une baisse de 1,4 point du pourcentage de croissance du PIB et une diminution des recettes publiques de 0,7% du PIB.
Les tempêtes pèsent également sur la croissance, occasionnant une hausse importante des dépenses publiques liées notamment au nettoyage et à la reconstruction.
La Jamaïque illustre concrètement cette pression budgétaire. Après le passage de l’ouragan Melissa, le 28 octobre 2025, les dommages matériels ont été estimés à 8,8 milliards USD, soit 41% du PIB du pays.





