La concentration du marché de l’assurance en Afrique

juillet 02, 2026
Concentration

Le marché africain de l’assurance passe par une phase de profonde transformation structurelle, marquée par l’intensification des opérations de consolidation et de rapprochement.

Le marché africain de l’assurance

Malgré les fortes disparités régionales, le marché africain de l’assurance affiche une croissance soutenue des primes émises. Entre 2004 et 2024, la taille du marché a presque doublé, passant de 37,6 milliards USD en 2004 à 73,6 milliards USD, 20 ans plus tard.

L'assurance vie demeure la principale source de primes avec respectivement 69% et 64% du total des encaissements entre 2004 et 2024. Bien que cette branche ait enregistré une croissance soutenue de 77,8 % au cours des 20 dernières années, l'assurance non-vie réalise une meilleure performance avec une hausse de 135,9% des souscriptions au cours de la même période considérée.

Le marché reste toutefois dominé par l’Afrique du Sud, qui enregistre à elle seule en 2024 près de 71% des primes totales du continent contre 82% en 2004.

Hors Afrique du Sud, les faibles taux de pénétration et densité d’assurance d’une grande majorité des pays africains révèlent un important potentiel de croissance du marché.

Le marché africain de l'assurance : indicateurs clés : 2004-2024

En milliards USD

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 200420142024
Afrique
Primes totales37,66973,6
- Assurance vie26,245,847,1
– Assurance non-Vie11,423,226,5
Densité d'assurance en USD436152,4
Taux de pénétration en %4,92,82,9
 Afrique hors Afrique du Sud
Densité d'assurance en USD8,3118,3318,35
Taux de pénétration en %0,370,391,02
Afrique du Sud
Primes totales30,68249,15951,9
Part du marché africain81,60%71,20%70,70%
Densité d'assurance en USD686,51 081810,9
Taux de pénétration en %14,381413

Sources : Fanaf et Sigma

Les fusions-acquisitions en Afrique, un fort potentiel de développement de l’assurance

Porté par une forte croissance démographique et un important potentiel de développement, le marché africain de l’assurance est dans une phase de reconstruction avec en toile de fond la montée en puissance des groupes panafricains.

Dans cette dynamique de marché, les opérations de fusions-acquisitions (F&A) s’accélèrent et s’imposent comme un levier stratégique d’expansion. Elles offrent aux groupes essentiellement africains un accès rapide à des marchés à forte valeur ajoutée.

Au final les opérations de F&A permettent à ces acteurs de poursuivre plusieurs objectifs, à savoir :

  • augmenter leurs parts de marché,
  • améliorer leur rentabilité technique,
  • mutualiser les coûts technologiques et de distribution,
  • accéder à de nouveaux marchés régionaux,
  • renforcer leurs capacités de souscription et de réassurance.

Cette démarche est particulièrement appliquée en Afrique du Sud, au Maroc, au Kenya, en Egypte et dans la zone CIMA.

Les facteurs de développement des F&A en Afrique

Les exigences réglementaires

Le marché africain de l’assurance évolue sous l’effet des réformes réglementaires. Les autorités de contrôle, qu’elles soient régionales comme la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances, (CIMA) ou nationales comme la NAICOM au Nigéria, la NIC au Ghana, l’IRA en Kenya et l’ACAPS au Maroc, imposent des exigences strictes de solvabilité notamment au niveau du capital minimum et des fonds propres des compagnies d’assurance et autres acteurs du marché.

Ce durcissement réglementaire vise à renforcer la solidité financière des assureurs, améliorer leur capacité à absorber les chocs économiques, mieux protéger les assurés et attirer les investisseurs. Pour se conformer aux nouvelles exigences de solvabilité, les compagnies privilégient de plus en plus les opérations de rapprochement et de fusions-acquisitions sur le continent.

A titre d’exemple, au Nigeria, la commission nationale des assurances (NAICOM) a fortement relevé les exigences de capital minimum pour les assureurs et réassureurs opérant dans le pays. Avec la nouvelle loi des assurances, adoptée par le gouvernement début août 2025, la hausse des minima de capital social atteint 400% pour les compagnies vie, 400% également pour les compagnies non vie et 250% pour les réassureurs.

Relèvement du capital minimum des acteurs de l’assurance en Afrique

Chiffres en USD

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Date (1)PaysBranche d'activitéAncienne réglementationNouvelle réglementation
2025EgypteAssurance vie et non vie4 912 50011 900 000
Assureurs non vie (risques pétroliers, aviation et énergie)6 000 00012 900 000
2025NigeriaAssurance non-vie2 000 0009 800 000
Assurance vie1 300 0006 500 000
Réassurance6 500 00022 800 000
2022ÉthiopieAssurance non-vie1 100 0007 500 000
Assurance vie283 0001 900 000
2002TunisieAssurances multibranches2 185 8003 440 000
Assurances monobranches728 6001 030 000
2019GhanaAssurance vie ou non-vie2 774 0009 170 000
Réassurance7 396 00022 920 000
Courtage assurance55 00091 000
Courtage réassurance185 000180 000
2016Zone CimaSociété anonyme d'assurance1 700 0008 700 000
Mutuelle d'assurance3 500 0005 200 000

(1) Date de la promulgation de la nouvelle réglementation portant augmentation du capital social.

Sources : Atlas Magazine et Codes des assurances des pays concernés.

Faible taille et fragmentation des marchés

De nombreux marchés africains de l’assurance sont de taille réduite, ce qui favorise les mouvements de consolidation.

En Afrique de l’Ouest et notamment dans les pays du Sahel, le marché reste très fragmenté, caractérisé par une kyrielle de petits acteurs. Cette configuration incite les compagnies à engager des opérations de rapprochement afin d’atteindre la taille critique, accroître leurs parts de marché et renforcer leur compétitivité.

Recherche d’économie d’échelle et amélioration de la rentabilité

Les opérations de rapprochement permettent aux compagnies d’assurance de réaliser des économies d’échelle, d’optimiser leurs coûts de fonctionnement et de distribution, notamment à travers la mutualisation des réseaux d’agences, des systèmes de gestion des sinistres et des infrastructures informatiques.

C’est la démarche adoptée ces dernières années par plusieurs groupes panafricains comme Sanlam ou Old Mutual qui ont procédé à des acquisitions sur différents marchés pour centraliser leurs infrastructures et améliorer leur rentabilité.

Faible pénétration de l’assurance en Afrique

Dans un marché peu développé où le taux de pénétration de l’assurance ne dépasse pas souvent les 3%, les assureurs n’ont d’autre choix que la croissance externe comme moteur de développement. La croissance organique étant très faible, les acquisitions et fusions demeurent la seule solution pour accélérer la hausse du chiffre d’affaires.

Au Kenya, des opérations de rachat ont permis à des groupes régionaux d’élargir rapidement leur base de clients, en particulier dans les segments de l’assurance agricole et de l’assurance santé, contribuant ainsi à une meilleure couverture assurantielle.

Montée des groupes panafricains

La percée des groupes panafricains, avec à leur tête les assureurs sud-africains, renforce significativement la dynamique des transactions de F&A. Aux côtés des groupes locaux, ces acteurs cherchent à s’implanter rapidement sur des marchés peu développés mais à fort potentiel de croissance.

Les stratégies d’entrée reposent souvent sur des opérations d’acquisitions ou des prises progressives de participation dans des compagnies locales déjà établies, ce qui permet un accès rapide aux réseaux de distribution et aux parts de marché.

Cette logique d’expansion externe constitue un véritable accélérateur des opérations de F&A sur le continent, en favorisant la consolidation progressive du secteur et l’émergence de groupes de dimension régionale ou continentale.

La stratégie adoptée par Sanlam illustre bien le rôle d’accélérateur des fusions-acquisitions. Exemple, dans un passé récent, le groupe marocain Saham a fortement renforcé son implantation dans plusieurs pays, en particulier dans ceux de la zone CIMA avant d’être absorbé lui-même par le sud-africain Sanlam.

Pour étendre encore plus sa couverture géographique et diversifier son portefeuille, Sanlam a continué à tisser sa toile en signant un partenariat avec l’assureur allemand Allianz pour finalement aboutir à la structure Sanlam/Allianz.

Diversification des risques

Les assureurs tendent de diversifier leur portefeuille, en opérant dans plusieurs pays, ce qui leur permet de limiter leur exposition aux aléas propres à un seul marché. Cette stratégie favorise la mutualisation des risques entre différentes zones géographiques et économiques. Elle contribue également à stabiliser les résultats et à renforcer la résilience financière des groupes d’assurance.

A titre d’exemple, des groupes panafricains comme Sanlam, NSIA, Sunu ou Old Mutual sont présents dans plusieurs pays. Le fait de diversifier les risques, leur permet d’atténuer l’impact d’événements locaux, tels que les catastrophes naturelles ou les chocs économiques.

Pression concurrentielle

La pression concurrentielle sur les marchés africains constitue un facteur clé de développement des opérations de fusions-acquisitions. L’expansion des groupes régionaux intensifie la concurrence. Dans ce contexte, les compagnies sont incitées à renforcer leur positionnement afin de préserver, voire accroître leurs parts de marché.

C’est notamment le cas du Maroc et du Kenya, où la présence de groupes régionaux a entraîné des rapprochements entre acteurs locaux pour rester compétitifs face à des sociétés mieux capitalisées.

Principaux groupes menant des opérations de F&A en Afrique

Aux côtés de Sanlam, d’autres groupes africains recourent également aux opérations de fusions-acquisitions pour accélérer leur développement sur le continent africain. On retrouve parmi ces acteurs :

► Le groupe SUNU, un acteur clé de l'assurance vie en Afrique subsaharienne francophone grâce à des acquisitions ciblées. Ces dernières lui ont permis d’étendre rapidement son réseau régional et de consolider sa position sur les marchés de la zone CIMA. Fondé en 1998 par Pathé Dione (décédé en 2023), le Groupe SUNU est présent dans 17 pays d’Afrique de l’ouest et centrale. Son chiffre d'affaires atteint 390 millions USD en 2024.

► Le groupe NSIA qui a réalisé plusieurs opérations stratégiques de fusions-acquisitions dans le secteur bancaire et financier afin de renforcer sa présence régionale et diversifier ses activités. Le groupe est présent dans 15 pays et détient un chiffre d’affaires assurance de 300 millions USD en 2024.

► Le sud-africain Old Mutual, un acteur historique très actif. Il figure parmi les leaders de l'activité vie et gestion d'actifs sur le continent. Il est présent dans 11 pays, notamment en Afrique australe et de l'Est. Son chiffre d’affaires assurance s’établit à 1,4 milliard USD en 2024.

► Le groupe sud-africain Hollard, via sa division Hollard International (HINT), qui est un des acteurs les plus dynamiques de la consolidation du marché de l'assurance en Afrique subsaharienne durant la période 2024-2026. Créé en 1980, le groupe mène une stratégie d'expansion agressive combinant acquisitions directes et partenariats stratégiques pour construire un groupe panafricain intégré. L’acquisition de Global Alliance Seguros auprès d’Absa au Mozambique (opération finalisée en mai 2025) et de Absa Life au Botswana est une de ses dernières transactions. Son chiffre d’affaires assurance s’établit à 1,28 milliard USD en 2024.

Wafa Assurance, filiale du groupe Attijariwafa Bank, qui développe une stratégie d'expansion panafricaine alliant la création de filiales et des opérations de rachat (F&A). Le groupe marocain a acquis en 2019 des participations majoritaires dans les assureurs camerounais Pro Assur SA (65 %) et Pro Assur Vie (89,4 %). Wafa Assurance a également racheté 63,4% de l’égyptien Delta Insurance. Le groupe marocain a enregistré 1,266 milliards USD de primes en 2024.

► Enfin, Chedid Capital, acteur majeur du courtage en assurance et réassurance. La transaction la plus significative du groupe en Afrique est le rachat du Groupe Ascoma, premier réseau indépendant de courtage en Afrique subsaharienne. Cette opération a permis à Chedid Capital de prendre le contrôle d'un réseau de 23 filiales de courtage réparties dans 21 pays africains.


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