De nos jours, les assureurs automobile doivent non seulement faire face, comme par le passé, à l’augmentation de la fréquence des sinistres mais ils doivent également intégrer dans leur modèle les effets du dérèglement climatique, la recrudescence de la fraude, la hausse du coût des réparations, la collecte continue des données et les enjeux de la transformation numérique avec un élément aggravant, à savoir l’envolée des cyber-risques.
Réajustement continu de la prime automobile
A l’aide des technologies nouvelles, les assureurs peuvent ajuster de façon continuelle la prime automobile. Les données issues des véhicules connectés et des applications permettent d’établir des tarifs basés sur l’usage (Pay As You Drive, Pay How You Drive).
En 2022, on estime que plus de 10 millions de conducteurs dans le monde disposent d’un contrat d’assurance automobile basé sur les données télématiques.
Aux Etats-Unis, près de 30% des assureurs intègrent l’analyse des données dans leur mode opérationnel.
Hausse des coûts de réparation des véhicules
Les coûts de réparation ne cessent de s’envoler du fait de l’inflation mondiale, la flambée du prix des matières premières, la perturbation des chaînes d'approvisionnement et l’instabilité géopolitique dans certaines zones stratégiques.
De plus, les voitures modernes sont de plus en plus sophistiquées, intégrant des nouvelles technologies comme des capteurs, des caméras et des systèmes électroniques. Ces technologies complexes améliorent certes la sécurité (freinage d'urgence et détecteurs d’angle mort) mais elles rendent les réparations beaucoup plus coûteuses en cas d'accident.
Notons qu’aux Etats-Unis, en raison de la complexité accrue de la réparation des véhicules modernes, le coût moyen d'un sinistre automobile a augmenté de 24% entre 2017 et 2022, passant de 3 300 USD à 4 100 USD.
En France, sous l’effet de l’accroissement du prix des pièces détachées et de la main-d’œuvre, le coût de réparation d’une voiture a augmenté de 7% en 2023.
Hausse de la sinistralité automobile
Bien que certaines régions enregistrent un recul des accidents graves grâce à l’intégration des systèmes de sécurité avancés, l’amélioration des infrastructures et l’intensification des contrôles, la fréquence des accidents légers reste élevée dans bon nombre de pays.
Malgré les progrès réalisés, une dégradation du comportement des conducteurs est constatée ces dernières années. L'utilisation accrue du téléphone et autres dispositifs électroniques au volant, la fatigue, le stress et l’excès de vitesse sont autant de facteurs qui contribuent à la hausse de la sinistralité sur les routes.
Fraude à l'assurance automobile
Les fraudes à l’assurance constituent un défi majeur pour la profession. Dans certains pays, ces fraudes concernent près de 10% du nombre des réclamations.
La fraude à l'assurance automobile désigne tout acte volontaire visant à induire en erreur une compagnie d'assurance dans le but d'obtenir un avantage financier injustifié. Ces pratiques frauduleuses, telles que la fausse déclaration de sinistre ou l'exagération du montant des dommages, entraînent des pertes financières considérables pour les assureurs et impactent directement le coût des couvertures, les pertes dues à la fraude étant répercutées sur les tarifs d'assurance.
En 2023, l'association des assureurs britanniques (ABI) a signalé 84 400 réclamations frauduleuses au Royaume-Uni, d’une valeur de 1,1 milliard GBP (1,4 milliard USD). La branche automobile est la plus touchée avec 45 800 cas suspects.
Aux États-Unis, ce sont 35,1 milliards USD qui sont perdus chaque année à cause de ces pratiques. La France n'est pas épargnée, avec des pertes annuelles estimées à 2,7 milliards USD, selon la Fédération Française de l’Assurance (FFA).
En Chine, on considère que près de 20% des déclarations de sinistre automobile sont frauduleuses.
L’utilisation de technologies telles l’intelligence artificielle et les analyses prédictives aident à mieux détecter les réclamations frauduleuses.
Changement réglementaire
L’assurance automobile peut être impactée directement ou indirectement par :
- L’introduction de nouvelles normes réglementaires ou financières impactant les assureurs ou une police spécifique (nouvelles taxes, nouvelles tarifications, …),
- L’imposition de règles plus strictes pour les véhicules (modification du code de la route, …),
- L’amélioration du niveau de certaines couvertures, en particulier celles concernant les dommages corporels suite à un accident de la route, …
L’aspect régulation et conformité peut être également approché sous l’angle du respect des libertés individuelles. Ainsi, les régulateurs du monde entier renforcent les exigences en matière de transparence et de protection des données, en particulier depuis le développement de la télématique et des voitures connectées. Pour éviter d’importantes amendes et conserver la confiance des consommateurs, constructeurs et assureurs sont tenus au respect de ces régulations.
Changement climatique
Les résultats de l’assurance automobile sont de plus en plus impactés par le changement climatique et les catastrophes naturelles comme les inondations, ouragans, tempêtes, séismes, …
Pour la branche automobile, les dégâts concernent en particulier la carrosserie et le bris de glace. Le système électrique, le moteur et divers composants mécaniques peuvent également être endommagés par les inondations et la montée des eaux.
A l'échelle mondiale, les pertes assurées (toutes branches confondues) occasionnées par les catastrophes naturelles s’élèvent à 118 milliards USD en 2023. Swiss Re estime ces pertes à 110 milliards USD en 2021 avec une part importante liée aux dommages automobile. Un coût considérable que les assureurs répercutent inévitablement sur la prime d’assurance.
Dommages causés aux véhicules par les catastrophes naturelles :
- Inondations en Chine (2021) : 238 000 véhicules endommagés.
- Ouragan Harvey aux Etats-Unis (2017) : 422 000 véhicules endommagés.
- Ouragan Irma en Floride (2017) : 215 000 véhicules endommagés.
- Ouragan Katrina aux Etats-Unis (2005) : 300 000 véhicules endommagés.
- Tempête Sandy (2012) : 250 500 véhicules endommagés.
Les chiffres ci-dessus concernent uniquement le nombre de véhicules pris en charge par les assureurs. Le nombre de véhicules endommagés est, du fait de la non assurance contre les risques catastrophiques, bien plus élevé.
Enjeux de la transformation numérique
La transformation numérique profonde et accélérée du secteur de l'assurance automobile engendre de nouveaux défis pour les assureurs.
La concurrence
Les assureurs font face à une concurrence accrue, intensifiée par l'émergence des startup qui se distinguent par des offres innovantes et personnalisées. Pour rester compétitifs, les assureurs traditionnels n’ont d’autre solution que de se conformer aux exigences de la digitalisation. De plus en plus exigeant, le nouveau consommateur est plus volatil que par le passé. Il est à l’affût de solutions sur mesure qui optimisent ses attentes.
La voiture autonome
Il existe cinq niveaux de conduite autonome. L'adaptation des modèles traditionnels et la notion de responsabilité deviennent problématiques pour l’assurance du troisième niveau (automatisation conditionnelle) au cinquième niveau (automatisation complète).
Toujours en phase de développement, les véhicules autonomes pourraient à l’horizon 2030 représenter jusqu’à 15% du parc automobile mondial.
Nonobstant les difficultés des assureurs à apprécier les risques, les véhicules autonomes sont considérés comme un facteur clé de réduction des sinistres à long terme. Des leaders de l’assurance travaillent à anticiper ces changements en adaptant leurs offres automobile aux diverses évolutions.
Ces assureurs collaborent avec les constructeurs automobile pour intégrer les technologies de télématique afin de mieux évaluer les risques et offrir des tarifs plus justes basés sur la conduite.
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